A l’heure d’une crise financière sans précédent, d’une crise économique, sociale et morale, nous assistons en parallèle à une crise de confiance des citoyens en tant que consommateurs. Or, s’il est un domaine où l’Europe a un rôle déterminant à jouer, c’est celui de la défense des intérêts des consommateurs dont plus de 61 millions de français.
Rapprocher l’Europe des citoyens français nécessite de montrer que les institutions européennes, au premier rang desquelles se trouve le Parlement Européen (PE), ont, non seulement occupé le terrain, pris en compte la légitime inquiétude de nos concitoyens, mais aussi se sont prononcées pour un renforcement de leurs droits. « Garantir un niveau de protection identique où que vous soyez dans l’Union Européenne, et où que vous achetiez » tel doit être l’engagement des politiques.
Un exemple du rôle de l’Europe : la Proposition de directive du Parlement et du Conseil relative aux droits des consommateurs.
La proposition de directive relative aux droits des consommateurs a été adoptée par le collège des commissaires européens, le 8 octobre dernier. Elle détermine la réglementation applicable aux contrats de vente de biens ou de services conclus entre consommateurs et professionnels.
La directive est fondée sur le principe d'une harmonisation maximale (appelée "pleine harmonisation" par la Commission), dont il résulte que les Etats membres ne pourront pas définir, dans le domaine couvert par la future directive, de nouvelles règles plus protectrices pour le consommateur. Elle répond à l'objectif recherché par la Commission de trouver le juste équilibre entre une protection élevée des droits des consommateurs et les charges en résultant pour les professionnels.
1/ Calendrier des travaux d'examen du dossier
La première réunion du groupe de travail du Conseil, sous présidence française, s’est tenue fin octobre à Bruxelles et a consisté en une présentation détaillée par la DG SANCO de la proposition de directive. La présidence tchèque devrait poursuivre les travaux d'examen du texte à un rythme soutenu.
Quant au parlement européen, il devrait considérer ce dossier comme particulièrement important. En effet le droit des consommateurs doit être abordé comme un dossier majeur ; il devrait être confié à un parlementaire expérimenté. Trois noms sont fréquemment cités : Mme Évelyne Gebhardt (Allemagne), Malcom Harbour (Royaume Uni), et Andreas Schwab (Allemagne). Les français ont toute leur place dans cette mission.
Compte tenu des élections au parlement européen au printemps prochain et du renouvellement de la Commission en octobre 2009, il est probable que les travaux sur la proposition de directive s'en trouveront ralentis. Dès lors, une adoption du texte ne peut être envisagée avant fin 2010, ce qui laisse présager la transposition du texte en droit national, au plus tôt à échéance de fin 2012 (délai de 18 mois à 2 ans).
2 / Le contenu de la proposition de directive
La proposition de directive veut simplifier et rationaliser des dispositions réparties actuellement en différents textes. Plus précisément, elle :
- rationalise plusieurs définitions : celle de consommateur, de professionnel, de support durable, de contrat de vente à distance, de contrat de vente hors établissement (anciennement démarchage à domicile), de garantie commerciale, d'enchère, de contrats accessoires.. ;
- définit un socle commun d'informations précontractuelles qui doivent être fournies en toutes circonstances au consommateur ; ces informations sont complétées de règles additionnelles pour les contrats de vente à distance ou conclus hors d'un établissement commercial ;
- détermine une période uniforme de rétractation de 14 jours et des règles communes concernant le commencement du délai de rétractation pour les contrats de vente à distance ou ceux conclus en dehors d'un établissement commercial ;
- contient de nouvelles règles sur la livraison et le transfert de risques (notions non harmonisées actuellement au plan communautaire) ;
- introduit une liste noire de clauses abusives qui sont interdites dans l'Union européenne en toutes circonstances et une liste «grise» de clauses présumées abusives si le professionnel ne peut apporter la preuve du contraire.
- détermine une durée unique de la garantie commerciale (2 ans)
La proposition de directive s'applique partiellement :
* aux services financiers pour les seules dispositions relatives aux clauses abusives et en certains cas, aux contrats conclus en dehors des locaux commerciaux. Pour le reste, il convient d'appliquer la législation spécifique existante.
* aux biens à temps partagé et aux voyages à forfait, pour les seules dispositions relatives aux clauses abusives.
3/ Les enjeux pour le consommateur français
En l'état, les dispositions de la proposition de directive allégeraient substantiellement les protections garanties par notre droit national de la consommation. A cet égard, les points les plus importants sont les suivants :
- définition du consommateur : la définition donnée par le projet de texte communautaire est restrictive et ne concerne que les personnes physiques agissant à des fins qui n'entrent pas dans le cadre de leur activité commerciale, industrielle, artisanale ou libérale. L'adoption d'une telle définition dans le droit français de la consommation ne permettrait plus de faire automatiquement bénéficier d'autres personnes, telles que les associations à but non lucratif, des règles protectrices du code de la consommation. Cependant, rien n'empêchera le législateur français de prévoir d'étendre le champ d'application des dispositions consuméristes à des catégories de personnes bien identifiées, y compris aux entreprises personnelles,
- informations précontractuelles : la proposition de directive prévoit un socle commun d'informations précontractuelles devant être fournies au consommateur pour tout contrat de consommation. Des informations complémentaires sont exigées pour certains types de contrats, la vente à distance par exemple. Toutefois, parmi celles citées par la directive, aucune ne concerne les dispositions introduites par la loi du 3 janvier 2008 dans le code de la consommation : exigence d'un numéro de téléphone qui permette au consommateur de joindre effectivement le professionnel, mention, le cas échéant, de l'absence de droit de rétractation, indication d'une date limite de livraison...
- les obligations des parties pendant le délai de rétractation : la proposition de directive prévoit un dispositif commun applicable aux contrats de vente à distance et aux contrats conclus en dehors des établissements commerciaux alors que le droit français distingue précisément ces deux types de contrats. Ainsi, elle prévoit que la période de rétractation, portée à 14 jours, ne suspend pas les obligations des parties : le consommateur est tenu de procéder au paiement de sa commande ; le professionnel doit procéder à la livraison du produit ou du service. Un tel mécanisme existe en France pour les contrats de vente de biens ou de fourniture de services à distance. Par contre, pour les contrats conclus hors établissement commercial, et notamment en cas de démarchage à domicile, la loi française interdit tout paiement ou tout engagement du consommateur pendant la période de rétractation et toute exécution d'une prestation de services de quelque nature que ce soit. Il s'agit là d'un dispositif auquel les associations de consommateurs et nombre de parlementaires sont attachés et dont la remise en cause risque de susciter de nombreux débats et oppositions au plan national
Plus généralement, la proposition de directive ne distingue pas la vente à distance et la vente hors établissement commercial (démarchage), alors que le droit français de la consommation est beaucoup plus protecteur dans le second cas.
- la liste « noire » et liste « grise » de clauses abusives : la proposition de directive prévoit une liste de cinq clauses « noires », réputées abusives en toutes circonstances, et une autre de 12 clauses « grises », présumées abusives. La Commission n'est pas opposée à ce que, lors des négociations, la liste noire puisse faire l'objet d'ajouts dès lors qu'ils seront justifiés. En ce domaine, la proposition de directive doit être rapprochée du projet de décret, pris en application de la LME, qui sera prochainement transmis au Conseil d'Etat. Tel qu'arbitré, il prévoit une liste de quatorze clauses « noires » et huit clauses «grises».
- la garantie commerciale : contrairement au droit français, la proposition de directive n'impose pas de contrat écrit, sauf à la demande du consommateur, auquel cas le professionnel est tenu de lui délivrer la garantie sur tout support durable. De plus, les mentions qui doivent être reprises dans la déclaration de garantie prévue par la directive ne permettent pas, comme le droit national le prévoit aujourd'hui, d'informer le consommateur sur les recours qui lui seront ouverts au titre de la garantie légale des vices cachés. Enfin, le texte reste muet sur la notion de services après-vente, alors qu'en droit national, un dispositif spécifique fixant les conditions de présentation et d'exécution des services fournis dans ce cadre a été adopté lors du vote de la Loi de modernisation de l'Economie ( loi LME). L'absence de ces exigences amoindrit notablement la protection du consommateur français.
Les futurs députés français européens devront défendre, lors des négociations qui vont s'ouvrir, une position visant impérativement à préserver le niveau national de protection des intérêts des consommateurs sur les quatre derniers points repris ci-dessus. La France, compte tenu de son haut niveau de protection nationale a tous les atouts pour impulser au niveau européen un niveau de confiance analogue de nature à rassurer les citoyens européens.